Plus de douze siècles d'histoire

L'église paroissiale Sainte-Libaire de La Broque est l'héritière d'un prieuré fondé vers 810 par Vicpodus (Vipode), douzième abbé de Senones. L'abbé Dom Calmet écrit : « On croit que [peut-être] l'église paroissiale de La Broque ou Vipucelle était l'église du prieuré », et ajoute qu'on trouvait encore dans le cimetière d'anciens cercueils de pierre et les fondations de bâtiments considérables.

Rattachée à l'évêché de Metz par charte en 826, la paroisse passa sous la juridiction du diocèse de Toul, dont la collature et les dîmes étaient tenues par l'abbaye de Senones. En 1871, suite à l'annexion, elle fut rattachée au diocèse de Strasbourg (rattachement maintenu après 1918).

Unique en son genre dans le diocèse de Strasbourg, l'église de La Broque est la seule paroisse placée sous le vocable de Sainte Libaire.

« Je suis le chemin, la vérité et la vie. »
Jean 14, 6

Le rattachement diocésain au fil du temps

Moyen Âge — 1777

Sous l'autorité de l'abbaye de Senones

La paroisse de Vipucelle (La Broque) dépend du prieuré de Senones. L'abbaye relève pour le temporel de l'évêque de Metz et pour le spirituel de l'évêque de Toul, avant de gagner progressivement son indépendance à partir de 1243.

Les abbés obtiennent le droit de porter mitre et crosse. Comme Étival, Moyenmoutier et Saint-Dié, l'abbaye se revendique de « nul diocèse » et fait appel, si nécessaire, directement au pape ou aux évêques de Trèves ou de Besançon.

L'abbé de Senones est le prélat ordinaire, collateur et décimateur de la paroisse ; le curé reçoit le tiers des dîmes. La paroisse avait pour annexes Framont et pour dépendances Albet, Les Cuvelles, Fuancon-Rup, Grand-Fontaine, Vacquenoux et les fermes du château de Salm.

1777

Diocèse de Saint-Dié

Création du diocèse de Saint-Dié. L'abbaye de Senones, qui se revendiquait de « nul diocèse », se range à regret sous cette nouvelle juridiction.

La paroisse de La Broque passe ainsi sous l'autorité de l'évêque de Saint-Dié, mettant fin à des siècles d'indépendance abbatiale.

2 mars 1793

Rattachement à la France

La principauté de Salm est rattachée à la France et au département des Vosges. L'abbaye de Senones, supprimée dès les années 1790 par les décrets révolutionnaires, cesse définitivement d'exercer toute autorité. La paroisse demeure sous la juridiction de l'évêque de Saint-Dié.

1871 (Traité de Francfort)

Diocèse de Strasbourg

Suite à l'annexion par le Reich, les cantons de Saales et Schirmeck sont intégrés au Reichsland d'Alsace-Lorraine et rattachés au diocèse de Strasbourg.

1918 — aujourd'hui

Retour à la France

L'Alsace retrouve la France, mais les cantons de Saales et Schirmeck restent rattachés à l'Alsace et au diocèse de Strasbourg, ce qui est toujours le cas aujourd'hui.

Constructions & restaurations

Vers 810

Fondation du prieuré de la Cour d'En-Haut

Vicpodus (Vipode), douzième abbé de Senones, fonde à Vipucelle le prieuré appelé « Saint-Sauveur de la Cour d'En-Haut ». Dom Calmet y reconnaît les origines de l'église paroissiale.

826

Don à l'évêché de Metz

Par charte, Vipode donne le prieuré avec ses dépendances à l'évêché de Metz.

Vers 1023

Conflit épiscopal

Deux clercs de Strasbourg s'emparent de l'église de Vipucelle sous l'épiscopat d'Herman. L'évêque de Toul porte plainte. L'évêque de Strasbourg excommunia les clercs. Le pape Léon IX confirme la restitution de la paroisse au diocèse de Toul par bulle adressée à Udon.

1123

Bulle du pape Calixte II

Confirmation de l'église de Vipucelle (collation de la cure et les dîmes) au monastère de Senones.

1152

Confirmation d'Eugène III

Le pape Eugène III confirme au monastère la possession de Vipucelle avec l'église et le marché hebdomadaire du samedi.

1492

Dom Arnoux de Salm

Dom Arnoux (Arnoù) de Salm, prieur titulaire de la Cour d'En-Haut au Val de la Broque, est mentionné dans les titres de l'abbaye. Permission donnée le 27 mars 1492.

1618

Pierre tombale

Pierre tombale ornée des symboles IHS-MARIA et MEMENTO MORI, encastrée dans le mur de l'église face à la chaire. Témoignage de l'ancienneté du lieu de sépulture.

1697

Confrérie du Rosaire

Acte de fondation de la Confrérie du Rosaire, mentionnant l'église et une chapelle que possédait alors cette dernière (vraisemblablement celle où se trouve aujourd'hui la chapelle baptismale).

1719

Pierre tombale sous la chaire

Pierre tombale de Jean Henry François, fils de Henri Hersent, âgé de 2 ans, décédé le 11 janvier 1719 à La Broque « en Lorrainne ».

1736–1737

Reconstruction complète de l'église

La nef est entièrement reconstruite pour environ 2 500 livres. Les travaux commencent en 1736 (Dom Calmet) et s'achèvent en 1737, date gravée sur la clé du portail. Seule la tour-porche subsiste encore aujourd'hui.

1770

Fonte de la grande cloche

Jean-Baptiste Fourno, fondeur du roi de Pologne, coule la grande cloche. Don des princes de Salm : parrain le prince Louis Charles Otton de Vipucel et Ban de Salm, marraine la princesse Josèphe de Salm-Salm. 930 kg, note fa. Inscrite sur l'inventaire supplémentaire à la liste des objets mobiliers classés en 1996.

Avant 1785

Monument funéraire XVIIIe s.

Monument funéraire de Catherine Guetre Monfort (née 1711, décédée 1785 à Schirmeck) et Marguerite Parisot (née 1729, décédée 1785 à La Broque), plus tard encastré dans le mur lors des travaux de 1869.

17 mars 1793

Rattachement au diocèse de Saint-Dié

La Broque est rattachée à la France ainsi qu'au département des Vosges et passe sous la juridiction spirituelle de l'évêque de Saint-Dié.

1827

Reconstruction du chœur

Le chœur est agrandi. Le curé Précheur note : « En 1827 on a agrandi l'église du chœur. »

1839

Réparations urgentes : toiture

Pose de 20 000 bardeaux pour la couverture : façon et conduite pour 166 francs.

1842

Érection du clocher ?

Le produit d'une coupe de bois est affecté à « l'érection du clocher dont l'église paroissiale était dépourvue » (archives municipales). Pourtant, les gravures de Muller et Simon datées de 1837 montrent déjà un clocher existant, moins élevé qu'aujourd'hui, comportant deux fenêtres par face (seule la supérieure subsiste aujourd'hui) et accolé à la nef sans être intégré dans l'édifice. La grande cloche de 1770, qui avait deux compagnes, nécessitait nécessairement un clocher pour les loger, comme c'était l'usage dans toutes les églises de la région. La même année, afin d'éviter tout risque d'accident, la tribune et la grande porte, « tout délabrées et menaçant de s'écrouler sous peu », sont abattues et reconstruites pour 569 fr. 35.

Gravure de Muller et Simon de 1837

Gravure de Muller et Simon, 1837 — le clocher est déjà visible.

1843

Orgue Martin Wetzel

Commande d'un orgue à Martin Wetzel, dans un élégant buffet en chêne. Un seul clavier, environ 10 jeux, pédalier de 15 notes.

1845

Toiture et flèche

L'église et la flèche de la tour doivent être recouvertes. Montant des travaux : 2 427 fr. 08 + 1 072 fr. 92 de bois prélevés en forêt communale.

1865

Embellissement intérieur

Réparation des vitres et pose de rideaux aux vitres de la nef, pour un total de 700 fr.

1868

Projet de restauration Grijolot

François Eugène Grijolot, architecte de l'arrondissement des Vosges, rédige un projet de restauration et des plans pour La Claquette.

20 juin – 19 décembre 1869

Grande restauration de la nef (33 689 fr. 50)

C'est la transformation majeure de l'édifice, sur plans Grijolot. Voici le détail des travaux :

  • La tour-porche est vraisemblablement rehaussée : les pierres angulaires plus petites vers le sommet en attestent
  • Le clocher est intégré définitivement dans l'œuvre
  • Refaire le dallage, enduit ciment en façade extérieure
  • Exhaussement des fenêtres de 60 cm
  • Remplacement des vitraux anciens par des verrières en grisaille (Maréchal & Champigneulle, Metz)
  • Pose des dix vitraux de la nef avec grillage fil de fer galvanisé
  • Deux vitraux à personnages en pied au chœur : l'Ascension et l'Assomption
  • Installation des deux autels latéraux (Sainte Libaire et Vierge à l'Enfant)
  • Installation du confessionnal
  • Retrait des vieux bancs et du plancher
  • Travaux de peinture et ameublement
  • Remplacement de l'orgue (remontage par les fils Wetzel en 1870)
  • Réparation de la flèche

Note du curé Précheur

Jean-François Précheur, curé depuis 1825, ne cachait pas son opposition à ces travaux : « En 1869 on a fait des réparations à l'église que je n'ai pas approuvées. Il fallait raser l'ancienne et en faire une à côté digne de la paroisse. Les travaux ont commencé le 20 juin qui a été froid. Je suis rentré dans l'église le 19 décembre de la même année. »

1871

Annexion — Rattachement au diocèse de Strasbourg

Suite au Traité de Francfort, les cantons de Saales et Schirmeck sont intégrés au Reichsland d'Alsace-Lorraine et rattachés au diocèse de Strasbourg.

Avril 1917

Réquisitions de guerre

Les tuyaux de façade de l'orgue sont réquisitionnés pour la fonte (métal de guerre). Deux des trois cloches sont également réquisitionnées ; la plus petite est perdue, l'autre retrouvée mais refondue. La grande cloche de 1770 est épargnée, probablement en raison de son lien avec les princes de Salm.

1918

Retour à la France

L'Alsace retrouve la France. Les cantons de Saales et Schirmeck restent rattachés au diocèse de Strasbourg.

1922–1923

Nouvelles cloches

Deux cloches sont bénies sous le curé Antoine Rapp : « Libaire » (sol, 650 kg) et « Marie-France » (la, 460 kg).

1925–1926

Renouvellement de la toiture

1929–1930

Nouvel orgue Rinckenbach

Commande à Joseph Rinckenbach (Ammerschwihr), opus 197 : 18 jeux sur 2 claviers et pédalier. Le buffet XIXe de Wetzel est conservé.

1935

Renouvellement de la peinture intérieure

Novembre 1944

Dommages de la Libération

Tir d'artillerie lors de la Libération : les vitraux du chœur (l'Ascension et l'Assomption, 1869) sont endommagés et devront être remplacés.

1948

Réparation des vitraux

1951

Remise en état du portail

Remise en état des pierres de taille du portail en grès rouge de Champenay.

1953

Relevage de l'orgue · Électrification des cloches

L'orgue est relevé par Alfred Kern (Strasbourg-Cronenbourg). La maison A. Didelot (Sarrebourg) électrifie les cloches et installe une sonnerie automatique de couvre-feu à 22 heures.

1954

Restauration de la sacristie

2 novembre 1960 – 23 avril 1961

Grands travaux de restauration

Chantier majeur dirigé sous le curé Lucien Friederich, avec la direction artistique de Madame Adeline Hébert-Stevens (Mme Paul Bony, Paris).

29 octobre 1961

Consécration solennelle par Mgr Weber

Mgr Jean-Julien Weber, évêque de Strasbourg, consacre l'église lors de la fête du Christ-Roi. Inauguration des vitraux du chœur d'Adeline Hébert-Stevens (25 oct.).

Été 1971

Réfection des dix vitraux de la nef

Les dix vitraux en grisaille de 1869 sont entièrement rénovés, ainsi que la nouvelle porte intérieure.

30 septembre 1984

Restauration du clocher

L'architecte Daniel Zinglé (La Broque) dirige la restauration du clocher. Installation d'une nouvelle croix et d'un coq doré. Grand-Messe avec la Chorale Sainte-Cécile, le cercle Aloysia, les Cors de chasse et les sociétés locales.

20 décembre 1996

Inscription de la cloche sur l'inventaire supplémentaire à la liste des objets mobiliers classés

Arrêté préfectoral du 20 décembre 1996 inscrivant la grande cloche fondue par Jean-Baptiste Fourno en 1770 sur l'inventaire supplémentaire à la liste des objets mobiliers classés.

23 octobre 1994

Restauration intérieure

Inauguration de la restauration intérieure (peintures et modifications) sous le curé Jean Chamley.

Mai 2010

Bénédiction du nouvel orgue électronique

L'instrument Rinckenbach étant devenu injouable, un orgue liturgique électronique à 2 claviers et pédaliers est acquis. Bénédiction par le père Claude. Les chorales de La Broque et de La Claquette participent à la cérémonie.

Architecture de l'édifice

Composition générale

L'église est construite en moellons de grès enduits, à l'exception de l'élévation antérieure de la tour-porche, appareillée en grès de taille. Elle comprend :

  • Une tour-porche de style néo-renaissance, incluse dans l'œuvre
  • Une large nef à vaisseau unique (6 travées)
  • Un chœur à une travée droite + pans coupés
  • Une sacristie accolée à l'ouest du chœur
  • Une chapelle baptismale dans un bas-côté

Couvertures

  • Tour-porche : flèche à égouts retroussés, ardoise
  • Nef : toit à longs pans
  • Chœur : croupe polygonale
  • Sacristie : toit à longs pans et grande croupe

Deux dates sur le fronton

Les années 1737 et 1869 sont gravées sur le fronton, rappelant les deux grandes phases de construction.

Le fronton de l'église Sainte-Libaire avec les dates 1737 et 1869

Le fronton de l'église avec les dates 1737 et 1869.

Le clocher : données techniques

D'après la brochure de l'architecte Daniel Zinglé (restauration 1984) :

5,91×6,11 m
Base carrée du clocher
1,25 m
Épaisseur des murs à la base
20,88 m
Hauteur totale depuis le sol du porche
14,93 m
Hauteur de la flèche octogonale (depuis la corniche)

Les ouvertures pour les cloches sont fermées par des volets de chêne rigidifiés par un bâti absorbant les efforts latéraux. Les cadrans d'horloge sont visibles sur les côtés du clocher.

La fissure du mur nord, témoin d'une histoire

Une fissure verticale bien visible sur le mur nord de la nef témoigne de l'ajout de la chapelle et de l'accès à la tour lors des travaux de 1869, qui intégrèrent définitivement le clocher dans l'œuvre. De même, les pierres angulaires plus petites vers le sommet du clocher attestent son rehaussement à cette occasion.

Façade et clocher de l'église Sainte-Libaire
« La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. »
Psaume 118, 22 · cité par Jésus en Matthieu 21, 42

Vues intérieures et extérieures