L'église paroissiale Sainte-Libaire de La Broque est l'héritière d'un prieuré fondé vers 810 par Vicpodus (Vipode), douzième abbé de Senones. L'abbé Dom Calmet écrit : « On croit que [peut-être] l'église paroissiale de La Broque ou Vipucelle était l'église du prieuré », et ajoute qu'on trouvait encore dans le cimetière d'anciens cercueils de pierre et les fondations de bâtiments considérables.
Rattachée à l'évêché de Metz par charte en 826, la paroisse passa sous la juridiction du diocèse de Toul, dont la collature et les dîmes étaient tenues par l'abbaye de Senones. En 1871, suite à l'annexion, elle fut rattachée au diocèse de Strasbourg (rattachement maintenu après 1918).
Unique en son genre dans le diocèse de Strasbourg, l'église de La Broque est la seule paroisse placée sous le vocable de Sainte Libaire.
« Je suis le chemin, la vérité et la vie. »Jean 14, 6
La paroisse de Vipucelle (La Broque) dépend du prieuré de Senones. L'abbaye relève pour le temporel de l'évêque de Metz et pour le spirituel de l'évêque de Toul, avant de gagner progressivement son indépendance à partir de 1243.
Les abbés obtiennent le droit de porter mitre et crosse. Comme Étival, Moyenmoutier et Saint-Dié, l'abbaye se revendique de « nul diocèse » et fait appel, si nécessaire, directement au pape ou aux évêques de Trèves ou de Besançon.
L'abbé de Senones est le prélat ordinaire, collateur et décimateur de la paroisse ; le curé reçoit le tiers des dîmes. La paroisse avait pour annexes Framont et pour dépendances Albet, Les Cuvelles, Fuancon-Rup, Grand-Fontaine, Vacquenoux et les fermes du château de Salm.
Création du diocèse de Saint-Dié. L'abbaye de Senones, qui se revendiquait de « nul diocèse », se range à regret sous cette nouvelle juridiction.
La paroisse de La Broque passe ainsi sous l'autorité de l'évêque de Saint-Dié, mettant fin à des siècles d'indépendance abbatiale.
La principauté de Salm est rattachée à la France et au département des Vosges. L'abbaye de Senones, supprimée dès les années 1790 par les décrets révolutionnaires, cesse définitivement d'exercer toute autorité. La paroisse demeure sous la juridiction de l'évêque de Saint-Dié.
Suite à l'annexion par le Reich, les cantons de Saales et Schirmeck sont intégrés au Reichsland d'Alsace-Lorraine et rattachés au diocèse de Strasbourg.
L'Alsace retrouve la France, mais les cantons de Saales et Schirmeck restent rattachés à l'Alsace et au diocèse de Strasbourg, ce qui est toujours le cas aujourd'hui.
Vicpodus (Vipode), douzième abbé de Senones, fonde à Vipucelle le prieuré appelé « Saint-Sauveur de la Cour d'En-Haut ». Dom Calmet y reconnaît les origines de l'église paroissiale.
Par charte, Vipode donne le prieuré avec ses dépendances à l'évêché de Metz.
Deux clercs de Strasbourg s'emparent de l'église de Vipucelle sous l'épiscopat d'Herman. L'évêque de Toul porte plainte. L'évêque de Strasbourg excommunia les clercs. Le pape Léon IX confirme la restitution de la paroisse au diocèse de Toul par bulle adressée à Udon.
Confirmation de l'église de Vipucelle (collation de la cure et les dîmes) au monastère de Senones.
Le pape Eugène III confirme au monastère la possession de Vipucelle avec l'église et le marché hebdomadaire du samedi.
Dom Arnoux (Arnoù) de Salm, prieur titulaire de la Cour d'En-Haut au Val de la Broque, est mentionné dans les titres de l'abbaye. Permission donnée le 27 mars 1492.
Pierre tombale ornée des symboles IHS-MARIA et MEMENTO MORI, encastrée dans le mur de l'église face à la chaire. Témoignage de l'ancienneté du lieu de sépulture.
Acte de fondation de la Confrérie du Rosaire, mentionnant l'église et une chapelle que possédait alors cette dernière (vraisemblablement celle où se trouve aujourd'hui la chapelle baptismale).
Pierre tombale de Jean Henry François, fils de Henri Hersent, âgé de 2 ans, décédé le 11 janvier 1719 à La Broque « en Lorrainne ».
La nef est entièrement reconstruite pour environ 2 500 livres. Les travaux commencent en 1736 (Dom Calmet) et s'achèvent en 1737, date gravée sur la clé du portail. Seule la tour-porche subsiste encore aujourd'hui.
Jean-Baptiste Fourno, fondeur du roi de Pologne, coule la grande cloche. Don des princes de Salm : parrain le prince Louis Charles Otton de Vipucel et Ban de Salm, marraine la princesse Josèphe de Salm-Salm. 930 kg, note fa. Inscrite sur l'inventaire supplémentaire à la liste des objets mobiliers classés en 1996.
Monument funéraire de Catherine Guetre Monfort (née 1711, décédée 1785 à Schirmeck) et Marguerite Parisot (née 1729, décédée 1785 à La Broque), plus tard encastré dans le mur lors des travaux de 1869.
La Broque est rattachée à la France ainsi qu'au département des Vosges et passe sous la juridiction spirituelle de l'évêque de Saint-Dié.
Le chœur est agrandi. Le curé Précheur note : « En 1827 on a agrandi l'église du chœur. »
Pose de 20 000 bardeaux pour la couverture : façon et conduite pour 166 francs.
Le produit d'une coupe de bois est affecté à « l'érection du clocher dont l'église paroissiale était dépourvue » (archives municipales). Pourtant, les gravures de Muller et Simon datées de 1837 montrent déjà un clocher existant, moins élevé qu'aujourd'hui, comportant deux fenêtres par face (seule la supérieure subsiste aujourd'hui) et accolé à la nef sans être intégré dans l'édifice. La grande cloche de 1770, qui avait deux compagnes, nécessitait nécessairement un clocher pour les loger, comme c'était l'usage dans toutes les églises de la région. La même année, afin d'éviter tout risque d'accident, la tribune et la grande porte, « tout délabrées et menaçant de s'écrouler sous peu », sont abattues et reconstruites pour 569 fr. 35.
Gravure de Muller et Simon, 1837 — le clocher est déjà visible.
Commande d'un orgue à Martin Wetzel, dans un élégant buffet en chêne. Un seul clavier, environ 10 jeux, pédalier de 15 notes.
L'église et la flèche de la tour doivent être recouvertes. Montant des travaux : 2 427 fr. 08 + 1 072 fr. 92 de bois prélevés en forêt communale.
Réparation des vitres et pose de rideaux aux vitres de la nef, pour un total de 700 fr.
François Eugène Grijolot, architecte de l'arrondissement des Vosges, rédige un projet de restauration et des plans pour La Claquette.
C'est la transformation majeure de l'édifice, sur plans Grijolot. Voici le détail des travaux :
Jean-François Précheur, curé depuis 1825, ne cachait pas son opposition à ces travaux : « En 1869 on a fait des réparations à l'église que je n'ai pas approuvées. Il fallait raser l'ancienne et en faire une à côté digne de la paroisse. Les travaux ont commencé le 20 juin qui a été froid. Je suis rentré dans l'église le 19 décembre de la même année. »
Suite au Traité de Francfort, les cantons de Saales et Schirmeck sont intégrés au Reichsland d'Alsace-Lorraine et rattachés au diocèse de Strasbourg.
Les tuyaux de façade de l'orgue sont réquisitionnés pour la fonte (métal de guerre). Deux des trois cloches sont également réquisitionnées ; la plus petite est perdue, l'autre retrouvée mais refondue. La grande cloche de 1770 est épargnée, probablement en raison de son lien avec les princes de Salm.
L'Alsace retrouve la France. Les cantons de Saales et Schirmeck restent rattachés au diocèse de Strasbourg.
Deux cloches sont bénies sous le curé Antoine Rapp : « Libaire » (sol, 650 kg) et « Marie-France » (la, 460 kg).
Commande à Joseph Rinckenbach (Ammerschwihr), opus 197 : 18 jeux sur 2 claviers et pédalier. Le buffet XIXe de Wetzel est conservé.
Tir d'artillerie lors de la Libération : les vitraux du chœur (l'Ascension et l'Assomption, 1869) sont endommagés et devront être remplacés.
Remise en état des pierres de taille du portail en grès rouge de Champenay.
L'orgue est relevé par Alfred Kern (Strasbourg-Cronenbourg). La maison A. Didelot (Sarrebourg) électrifie les cloches et installe une sonnerie automatique de couvre-feu à 22 heures.
Chantier majeur dirigé sous le curé Lucien Friederich, avec la direction artistique de Madame Adeline Hébert-Stevens (Mme Paul Bony, Paris).
Mgr Jean-Julien Weber, évêque de Strasbourg, consacre l'église lors de la fête du Christ-Roi. Inauguration des vitraux du chœur d'Adeline Hébert-Stevens (25 oct.).
Les dix vitraux en grisaille de 1869 sont entièrement rénovés, ainsi que la nouvelle porte intérieure.
L'architecte Daniel Zinglé (La Broque) dirige la restauration du clocher. Installation d'une nouvelle croix et d'un coq doré. Grand-Messe avec la Chorale Sainte-Cécile, le cercle Aloysia, les Cors de chasse et les sociétés locales.
Arrêté préfectoral du 20 décembre 1996 inscrivant la grande cloche fondue par Jean-Baptiste Fourno en 1770 sur l'inventaire supplémentaire à la liste des objets mobiliers classés.
Inauguration de la restauration intérieure (peintures et modifications) sous le curé Jean Chamley.
L'instrument Rinckenbach étant devenu injouable, un orgue liturgique électronique à 2 claviers et pédaliers est acquis. Bénédiction par le père Claude. Les chorales de La Broque et de La Claquette participent à la cérémonie.
L'église est construite en moellons de grès enduits, à l'exception de l'élévation antérieure de la tour-porche, appareillée en grès de taille. Elle comprend :
Les années 1737 et 1869 sont gravées sur le fronton, rappelant les deux grandes phases de construction.
Le fronton de l'église avec les dates 1737 et 1869.
D'après la brochure de l'architecte Daniel Zinglé (restauration 1984) :
Les ouvertures pour les cloches sont fermées par des volets de chêne rigidifiés par un bâti absorbant les efforts latéraux. Les cadrans d'horloge sont visibles sur les côtés du clocher.
Une fissure verticale bien visible sur le mur nord de la nef témoigne de l'ajout de la chapelle et de l'accès à la tour lors des travaux de 1869, qui intégrèrent définitivement le clocher dans l'œuvre. De même, les pierres angulaires plus petites vers le sommet du clocher attestent son rehaussement à cette occasion.
« La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. »Psaume 118, 22 · cité par Jésus en Matthieu 21, 42