Les vitraux de l'église Sainte-Libaire font partie des pièces maîtresses du patrimoine artistique de la vallée de la Bruche. Commandés le 18 juillet 1869 par le maire Antoine Lentz et le conseil municipal auprès des peintres-verriers Maréchal & Champigneulle à Metz, ils furent posés avant le 15 octobre 1869 pour la réouverture de l'église.
Ces dix verrières en grisaille représentent chacune un saint à mi-corps, dans une réserve au fond fleuri au pochoir, entourée d'entrelacs et d'une bordure feuillagée. Le montant total s'éleva à 4 480 francs. Elles sont protégées par un grillage en fil de fer galvanisé.
« Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d'une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau [...] et courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte. »Hébreux 12, 1
Souffrant du temps et des vibrations d'artillerie de 1944, les dix vitraux furent entièrement rénovés à l'été 1971 sous le curé Lucien Friederich.
Les dix saints sont tous inscrits en latin dans leur auréole. Ils évoquent la spiritualité locale des Vosges et de l'Alsace : fondateurs d'abbayes, évangélistes, saints régionaux. On entre depuis le fond de la nef ; les vitraux se découvrent en avançant vers le chœur.
Moine d'origine bavaroise et ancien chorévêque de Trèves, il est le fondateur de l'abbaye de Moyenmoutier (Vosges).
Évêque de Liège (658–727), patron des chasseurs. Sa conversion eut lieu face à un cerf portant une croix entre ses bois. Très vénéré dans les Ardennes et les Vosges.
Évêque de Myre (IVe s.), saint patron de la Lorraine. Très populaire dans toute la région, il est fêté le 6 décembre. Patron des enfants et des mariniers.
Apôtre et évangéliste. Collecteur d'impôts avant sa vocation, auteur du premier Évangile. Son symbole est l'ange ailé, l'un des quatre symboles des évangélistes.
Premier martyr chrétien (protomartyr), lapidé à Jérusalem vers 36. Diacre, il est représenté tenant les pierres de son supplice. Patron des diacres.
Fondateur de l'abbaye de Senones (Vosges) au VIIe siècle (abbaye dont l'abbé était le collateur de la paroisse de La Broque). Figure tutélaire de la paroisse.
Vraisemblablement Saint Antoine abbé (251–356), père du monachisme chrétien, ermite d'Égypte. Patron des animaux domestiques, très invoqué dans les campagnes.
Évêque irlandais du VIIe siècle, ermite dans les Vosges, fondateur de l'abbaye de Saint-Dié. La ville de Saint-Dié-des-Vosges lui doit son nom.
Évangéliste, auteur du second Évangile. Disciple de l'apôtre Pierre. Son symbole est le lion ailé. Premier évêque d'Alexandrie selon la tradition.
Apôtre bien-aimé du Christ, auteur du quatrième Évangile, de l'Apocalypse et de trois épîtres. Son symbole est l'aigle. Seul apôtre à ne pas avoir été martyrisé.
Les saints choisis ne sont pas arbitraires : ils reflètent la spiritualité locale de la vallée de la Bruche. Saint Gondelbert et Saint Hydulphe rappellent les deux abbayes qui ont façonné l'histoire de La Broque : Senones et Moyenmoutier. Saint Déodat évoque le diocèse auquel appartenait la paroisse de 1793 à 1871. Saint Nicolas est le saint patron de la Lorraine toute proche. Les évangélistes (Matthieu, Marc, Jean) voisinent avec les saints populaires locaux.
Deux vitraux à personnages en pied furent commandés en 1869 à Maréchal & Champigneulle pour le chœur :
Ces deux vitraux furent endommagés lors des combats de la Libération (novembre 1944, tirs d'artillerie) et durent être remplacés lors des travaux de 1961.
Vue du chœur en 1957 : on distingue encore les vitraux originaux de Maréchal & Champigneulle (1869) représentant l'Ascension et l'Assomption, avant leur remplacement en 1961.
Les deux nouveaux vitraux du chœur, inaugurés le 25 octobre 1961, sont l'œuvre de Madame Adeline Hébert-Stevens (Bony), de Paris, qui assura également la direction de l'ensemble de la restauration.
Ils représentent les emblèmes des quatre évangélistes :
Deux petits vitraux anciens éclairent encore le chœur, chacun avec un motif symbolique simple :
Ils font référence aux deux espèces eucharistiques : symboles discrets mais profondément significatifs dans un chœur.
Deux autres vitraux à motif identique, une lyre, éclairent :
La lyre est symbole de la louange et de la musique sacrée.
La grande céramique du Christ-Roi, placée au centre du mur du fond du chœur entre les deux fenêtres, est également l'œuvre d'Adeline Hébert-Stevens (Mme Paul Bony), de Paris.
Cette céramique représente le Christ en gloire, entouré d'anges, dans un cadre aux formes dynamiques. Elle est dans la droite ligne de la consécration de l'église lors de la fête du Christ-Roi (29 octobre 1961).
Une peinture de Sainte Libaire occupait cet emplacement avant la restauration de 1961. Cette dernière ne subsiste plus.
« Il avait sur son vêtement et sur sa cuisse un nom écrit : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. »Apocalypse 19, 16
Artiste parisienne, cartonnier (auteur de maquettes de vitraux et céramiques), elle travailla notamment avec Paul Bony, maître-verrier, son époux. L'inventaire Palissy la mentionne dans la présentation du mobilier de l'église (dossier IM67015405).